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Un système conçu pour les chiens, appliqué aux félins sans adaptation
Pourquoi le Petfood-Score A/B/C/D/E ne convient pas aux chats
Quand une notation pensée pour une espèce devient trompeuse pour une autre
dimanche 14 juin 2026, par
Depuis plusieurs années, le secteur du petfood voit fleurir des étiquettes colorées allant de A à E, censées résumer en un coup d’œil la "qualité" d’un aliment pour animaux de compagnie. Si l’intention de simplifier l’information pour les propriétaires d’animaux est louable, son application aux aliments destinés aux chats pose des problèmes méthodologiques sérieux que tout consommateur averti devrait connaître avant de baser ses choix d’achat sur cette seule indication.
1. L’origine du Petfood-Score : un outil pensé pour le chien
Le Petfood-Score a été développé en s’inspirant directement du Nutri-Score humain, lui-même conçu à partir d’algorithmes nutritionnels établis pour l’alimentation humaine. Cette filiation pose déjà un premier problème : les algorithmes de calcul intègrent des paramètres (taux de fibres, de sucres, de matières grasses "favorables" ou "défavorables") qui correspondent à une logique de nutrition omnivore, voire humaine.
Or, le chat est un carnivore strict (obligatoire). Son métabolisme diffère fondamentalement de celui du chien, lui-même omnivore opportuniste capable de digérer une large variété de végétaux et de glucides. Les premières versions et adaptations du Petfood-Score ont été calibrées principalement sur des bases de données d’aliments pour chiens, avant d’être "transposées" aux aliments pour chats avec des ajustements souvent mineurs.
- Le chat a un besoin obligatoire en protéines animales largement supérieur à celui du chien
- Le chat ne possède pas les enzymes nécessaires pour métaboliser efficacement certains glucides complexes
- Le chat a un besoin physiologique en eau particulier, lié à son origine désertique (Felis silvestris lybica)
- Le chat est incapable de synthétiser certains nutriments essentiels (taurine, arachidonate, vitamine A active) qu’il doit obtenir directement de sources animales
2. Le problème des glucides : une variable mal interprétée
L’un des points les plus critiqués du Petfood-Score appliqué au chat concerne le traitement des glucides (amidons, céréales, légumineuses). Dans la logique du Nutri-Score humain, un taux de glucides "complexes" modéré est souvent perçu comme neutre, voire favorable, notamment lorsqu’il s’accompagne de fibres.
Pour un chat, la situation est totalement différente. Un taux de glucides élevé dans une alimentation féline :
- N’apporte aucun bénéfice nutritionnel essentiel, le chat n’ayant pas de besoin physiologique avéré en glucides
- Peut favoriser le surpoids et l’obésité, un problème majeur chez le chat domestique sédentaire
- Est associé par certaines études vétérinaires à un risque accru de troubles métaboliques, notamment le diabète sucré félin
- Sert souvent de liant technique bon marché (utilisé pour l’extrusion des croquettes) plutôt que d’ingrédient nutritionnellement justifié
Or, un algorithme calqué sur des standards humains ou canins peut tout à fait attribuer une note correcte (B ou C) à un aliment félin contenant 30 à 40% de glucides, simplement parce que la formule de calcul ne pénalise pas suffisamment ce paramètre pour cette espèce. Un produit affichant fièrement un "B" pourrait ainsi masquer une composition très éloignée des besoins physiologiques réels du chat.Un aliment félin riche en céréales peut obtenir une note flatteuse alors qu’il s’éloigne fondamentalement du profil nutritionnel auquel l’espèce est adaptée depuis des millénaires.
3. La qualité des protéines : un critère que la lettre ne mesure pas
Le Petfood-Score, dans sa logique de calcul, s’intéresse essentiellement au taux de protéines, parfois pondéré par leur origine (animale/végétale) de manière très grossière. Mais il ne mesure italique presque jamais :
- La digestibilité réelle des protéines (qui peut varier de 70% à plus de 95% selon la source et la transformation)
- La valeur biologique des protéines, c’est-à-dire leur profil en acides aminés essentiels (notamment la taurine, indispensable au chat)
- La présence de protéines de "remplissage" peu digestibles (plumes hydrolysées, sous-produits de faible qualité) qui font grimper le taux affiché sans bénéfice nutritionnel réel
- Le rapport entre protéines animales et protéines végétales au sein du total affiché
Deux aliments félins peuvent ainsi afficher un taux de protéines brut identique sur l’étiquette, obtenir une note Petfood-Score similaire, et pourtant présenter des qualités nutritionnelles radicalement différentes pour l’organisme du chat. L’un peut provenir majoritairement de viande fraîche et de farines de viande de haute qualité, l’autre de sous-produits végétaux enrichis artificiellement en azote pour faire grimper le pourcentage analytique.
4. L’absence de prise en compte de la transformation et de la cuisson
Un autre angle mort majeur du Petfood-Score concerne le degré de transformation des ingrédients. Le système se base principalement sur la composition analytique finale (protéines, lipides, glucides, fibres, cendres) sans tenir compte de :
- La température et la durée de cuisson, qui peuvent dénaturer certains acides aminés et vitamines thermosensibles
- Le procédé d’extrusion utilisé pour la majorité des croquettes, qui modifie la structure des protéines et peut créer des composés (comme certaines amines hétérocycliques) absents des analyses standards
- La présence d’additifs de synthèse destinés à "recompenser" les pertes nutritionnelles dues à la transformation
- L’origine géographique et la traçabilité réelle des matières premières
Un aliment ultra-transformé, repassé plusieurs fois en extrudeuse à haute température, peut afficher un profil analytique final qui "coche les bonnes cases" du calculateur, et obtenir ainsi une note A ou B, alors qu’un produit moins transformé mais avec un profil analytique légèrement différent (par exemple un taux de matières grasses plus élevé, naturel et nécessaire chez le chat) pourrait être pénalisé.
5. Le cas spécifique de l’humidité et des aliments humides
Le chat, contrairement au chien, a une faible sensation de soif héritée de son ancêtre sauvage qui couvrait l’essentiel de ses besoins hydriques via ses proies (composées à 65-75% d’eau). Cette caractéristique physiologique a des implications directes sur le choix entre alimentation sèche (croquettes) et humide (pâtées, sachets fraîcheur).
Or, le Petfood-Score, en se basant sur la matière sèche ou en appliquant des facteurs de correction parfois approximatifs pour comparer croquettes et pâtées, peut introduire des biais de comparaison importants :
- Une pâtée de haute qualité, riche en viande mais "diluée" par sa teneur en eau, peut paraître nutritionnellement "moins dense" dans certains calculs bruts
- La comparaison directe entre une note attribuée à une croquette et celle attribuée à une pâtée peut donner une impression de hiérarchie qui ne reflète pas la réalité physiologique (l’eau étant un nutriment essentiel pour le chat)
- Les recommandations vétérinaires actuelles tendent à privilégier, pour de nombreux chats, une alimentation humide ou mixte, une nuance totalement absente d’un système de notation en lettre unique
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6. Les besoins individuels : ce qu’aucune lettre ne peut résumer
Peut-être l’argument le plus fondamental contre le Petfood-Score appliqué aux chats : la nutrition féline n’est pas une science universelle applicable à un "chat moyen" qui n’existe pas. Les besoins nutritionnels varient considérablement selon :
- L’âge (chaton en croissance, adulte, senior)
- L’état physiologique (gestation, lactation, stérilisation)
- L’état de santé (insuffisance rénale, diabète, allergies, maladies digestives chroniques)
- Le niveau d’activité physique
- La sensibilité individuelle à certains ingrédients
Un aliment noté "A" pourrait être parfaitement adapté à un jeune chat actif et stérilisé, mais totalement contre-indiqué pour un chat senior présentant une insuffisance rénale débutante (en raison, par exemple, d’un taux de phosphore trop élevé que la note globale ne signale jamais). Inversement, un aliment thérapeutique vétérinaire spécifiquement formulé pour une pathologie précise peut obtenir une note médiocre dans un système généraliste, alors qu’il est, dans son contexte, le italique meilleur choix possible pour l’animal concerné.Aucune lettre ne peut remplacer l’avis d’un vétérinaire qui connaît l’historique médical, l’âge, le poids et les pathologies éventuelles de votre chat.
7. Le biais de la "comparaison universelle"
En affichant une lettre unique de A à E sur tous types de produits, le Petfood-Score donne l’illusion qu’il est possible de comparer directement :
- Une croquette d’entrée de gamme et un aliment vétérinaire prescrit
- Un aliment pour chaton et un aliment pour chat senior
- Une alimentation industrielle complète et un complément alimentaire
- Des produits de marques aux stratégies de formulation totalement différentes mais ayant "optimisé" leur composition pour obtenir une bonne note
Ce dernier point mérite une attention particulière : dès qu’un système de notation devient un argument marketing influent, certains fabricants peuvent être tentés d’ajuster leurs formulations non pas dans l’intérêt nutritionnel du chat, mais dans le but d’obtenir une meilleure lettre. C’est un phénomène bien documenté dans l’agroalimentaire humain avec le Nutri-Score, où des reformulations ont parfois consisté à ajouter des fibres ou des édulcorants artificiels pour "gagner" une lettre, sans amélioration nutritionnelle réelle pour le consommateur.
8. Ce que le Petfood-Score ne dit jamais
Pour résumer les angles morts les plus significatifs de ce type de notation appliquée aux chats :
- Il ne renseigne pas sur l’origine et la traçabilité réelle des matières premières
- Il ne renseigne pas sur le bien-être animal lié à la production des ingrédients
- Il ne renseigne pas sur la présence de contaminants, résidus de pesticides ou métaux lourds
- Il ne renseigne pas sur les conditions de fabrication, de stockage et de conservation
- Il ne tient pas compte des résultats d’essais de digestibilité sur l’animal réel
- Il ne s’adapte pas au profil individuel de l’animal qui va consommer le produit
- Il ne distingue pas toujours clairement les produits "complets" des produits "complémentaires"
9. Vers une approche plus pertinente : l’analyse multicritère
Plutôt que de se fier à une lettre unique, l’analyse d’un aliment pour chat devrait idéalement reposer sur une approche multicritère et contextualisée, intégrant :
- La lecture complète de la composition (liste des ingrédients par ordre pondéral)
- L’analyse de l’ENA (Extractif Non Azoté), indicateur indirect du taux de glucides
- Le rapport entre protéines animales identifiées nommément et protéines totales
- La transparence du fabricant sur l’origine et la qualité des matières premières
- L’adéquation du produit avec le profil individuel de l’animal (âge, poids, état de santé)
- L’avis d’un professionnel de santé animale en cas de doute ou de pathologie
C’est précisément cette logique d’analyse approfondie, dépassant la simplification d’une lettre unique, qui permet réellement d’évaluer la pertinence d’un aliment pour un chat donné, à un moment donné de sa vie.
Conclusion
Le Petfood-Score, dans son principe, répond à une demande légitime de transparence des consommateurs face à des étiquettes souvent peu lisibles. Mais son application aux aliments pour chats, en l’état actuel des algorithmes majoritairement dérivés de logiques canines et humaines, présente des limites méthodologiques importantes qui peuvent conduire à des choix inadaptés, voire contre-productifs pour la santé féline.
Une lettre ne remplace jamais une lecture attentive de l’étiquette, une compréhension des besoins spécifiques de son chat, et l’accompagnement d’un professionnel de santé animale. Avant de fonder son choix sur un simple code couleur, mieux vaut prendre le temps de comprendre italique ce qu’il y a réellement dans la gamelle.
Voir en ligne : Les chiens et le Petfood-score
