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Médias, Petfood-score et perception des croquettes
Le documentaire « Quelles croquettes pour nos bêtes ? » : entre pédagogie, raccourcis et simplifications contestables
Pourquoi les systèmes de notation ABCDE et les discours alarmistes sur les glucides méritent d’être examinés avec esprit critique
dimanche 14 juin 2026, par
L’alimentation des chiens et des chats suscite de nombreuses interrogations chez les propriétaires. Cette préoccupation légitime explique le succès des documentaires, des vidéos Internet, des influenceurs et des systèmes de notation des croquettes. Le reportage « Quelles croquettes pour nos bêtes ? » a contribué à populariser certains débats autour des glucides, de la qualité des aliments industriels et des méthodes d’évaluation des croquettes. Toutefois, plusieurs éléments présentés dans ce type de programme méritent une analyse critique afin d’éviter les conclusions hâtives.
Quand un reportage cherche avant tout à provoquer une réaction émotionnelle
Les documentaires grand public doivent souvent capter l’attention du téléspectateur.
Pour cela, ils utilisent fréquemment des mécanismes narratifs simples :
- mettre en évidence un problème inquiétant
- désigner des responsables potentiels
- présenter des révélations surprenantes
- proposer des solutions apparemment faciles à comprendre
Cette approche fonctionne très bien à la télévision.
Cependant, elle peut conduire à simplifier excessivement des sujets complexes.
Dans le domaine du petfood, la nutrition animale repose sur de nombreux paramètres biologiques, nutritionnels et physiologiques qui ne peuvent pas toujours être résumés dans un reportage de quelques dizaines de minutes.
Le traitement des glucides : un sujet souvent caricaturé
L’un des thèmes fréquemment abordés concerne la présence de glucides dans les croquettes.
Dans certains reportages, le téléspectateur peut avoir l’impression que les glucides seraient uniquement présents afin d’augmenter les profits des fabricants.
Cette présentation est réductrice.
Une croquette n’est pas simplement un mélange de viande séchée.
Il s’agit d’un produit obtenu par extrusion nécessitant certaines propriétés physiques.
Pour fabriquer une croquette stable, capable de conserver sa forme, sa texture et sa résistance mécanique, la présence d’amidon joue généralement un rôle technique important.
L’amidon participe à la structure même de la croquette.
Sans cette fonction technologique, il serait difficile de produire une croquette présentant les caractéristiques attendues par les consommateurs et permettant une conservation adaptée.
Cela ne signifie pas que tous les taux de glucides se valent.
Cela ne signifie pas non plus que la question des glucides soit sans importance.
Mais présenter leur présence comme la preuve d’une manipulation industrielle destinée uniquement à réduire les coûts constitue un raccourci discutable.
Confondre tous les glucides est une erreur fréquente
Un autre problème rencontré dans certains reportages et sur les réseaux sociaux consiste à parler des glucides comme s’il s’agissait d’une substance unique.
La réalité est plus complexe.
Sous le terme glucides se cachent différentes catégories :
- les amidons
- certaines fibres alimentaires
- les sucres simples
- les sucres complexes
Pour le consommateur, voir un chiffre élevé de glucides peut être impressionnant.
Pourtant, ce chiffre ne permet pas à lui seul de connaître précisément la nature des composants concernés.
Certaines publications diffusées sur Internet montrent parfois des gamelles remplies de morceaux de sucre pour illustrer le taux de glucides des croquettes.
Ces représentations visuelles peuvent être spectaculaires, mais elles ne reflètent pas nécessairement la réalité nutritionnelle du produit analysé.
La méthode de la soustraction sur une ardoise : un outil limité
Dans plusieurs reportages ou vidéos, on voit parfois des intervenants calculer les glucides estimés d’une croquette à partir des constituants analytiques.
Le calcul consiste généralement à soustraire les protéines, les matières grasses, l’humidité, les cendres et les fibres du total de 100 %.
Cette formule est connue et largement utilisée pour estimer l’ENA ou les glucides calculés.
Cependant, certains intervenants présentent ensuite ce résultat comme une preuve suffisante pour juger définitivement la qualité d’une alimentation.
C’est là que le raisonnement devient contestable.
Le calcul fournit une estimation.
Il ne constitue pas un diagnostic nutritionnel complet.
Une soustraction ne permet pas de résumer toute la complexité d’une alimentation animale.
Deux produits affichant un taux de glucides similaire peuvent présenter des profils nutritionnels très différents.
Les Petfood-score ABCDE : une simplification excessive
Le reportage contribue également à populariser des systèmes de notation inspirés des Pet Food Reviews, des Pet Food Ratings ou du Nutri-Score humain.
L’idée paraît séduisante.
Transformer une analyse complexe en une lettre de A à E permet au consommateur de comparer rapidement plusieurs produits.
Mais cette logique présente une faiblesse fondamentale.
Chaque animal possède ses propres besoins.
- âge
- poids
- activité physique
- stérilisation
- sensibilité digestive
- allergies éventuelles
- état de santé
Une même croquette peut convenir parfaitement à un chien et être inadaptée à un autre.
Attribuer une note universelle suppose implicitement qu’il existerait une hiérarchie valable pour tous les animaux.
Cette hypothèse est difficile à défendre.
Une croquette ne peut pas être résumée honnêtement à une simple lettre.
L’influence des modèles étrangers de notation
Les systèmes de notation ABCDE se sont largement inspirés de modèles développés à l’étranger.
Ces méthodes reposent souvent sur des critères choisis par leurs concepteurs.
Le problème est que ces critères varient d’un site à l’autre.
Une même croquette peut obtenir une excellente note sur une plateforme et une note médiocre sur une autre.
Cette variabilité montre bien qu’il ne s’agit pas de vérités scientifiques universelles mais d’interprétations fondées sur des choix méthodologiques particuliers.
Lorsque le consommateur ignore cette réalité, il peut attribuer à ces scores une crédibilité supérieure à celle qu’ils méritent réellement.
La peur comme moteur de communication
Certains contenus consacrés au petfood reposent largement sur un discours anxiogène.
Le message implicite devient souvent :
Les industriels vous cachent quelque chose et nous sommes les seuls à révéler la vérité.
Ce type de communication attire l’attention.
Il génère des réactions émotionnelles fortes.
Il favorise le partage sur les réseaux sociaux.
Cependant, il encourage rarement une analyse sereine des données disponibles.
L’alimentation animale mérite mieux que des oppositions simplistes entre les « bons » et les « mauvais ».
Pourquoi il faut privilégier l’analyse plutôt que la notation
L’objectif d’une analyse nutritionnelle sérieuse n’est pas de distribuer des bons ou des mauvais points.
Il s’agit plutôt de comprendre les caractéristiques réelles d’un produit.
L’étude des protéines, des matières grasses, des fibres, des cendres, de l’humidité, des glucides estimés, du rapport calcium/phosphore ou encore de la matière sèche fournit davantage d’informations qu’une simple lettre.
Cette démarche demande un peu plus d’effort.
Mais elle permet également d’éviter les pièges des systèmes de notation simplifiés.
Conclusion
Le documentaire « Quelles croquettes pour nos bêtes ? » a contribué à populariser certaines questions importantes concernant l’alimentation animale. Toutefois, plusieurs messages véhiculés dans ce type de programme méritent d’être examinés avec prudence. La présence de glucides dans les croquettes ne peut être réduite à une simple logique de profit industriel, l’amidon jouant généralement un rôle technique dans la fabrication du produit.
Voir en ligne : Le Petfood-score ABCDE est-il un outil fiable ?
De même, les calculs rapides réalisés à partir des constituants analytiques ne permettent pas à eux seuls d’évaluer la pertinence d’une alimentation. Enfin, les systèmes de notation ABCDE inspirés des Pet Food Reviews ou du Nutri-Score donnent souvent une illusion de simplicité qui ne reflète pas la diversité des besoins réels des chiens et des chats. Dans le domaine du petfood, l’esprit critique reste l’outil le plus utile pour distinguer l’information pédagogique des raccourcis séduisants.
